En cette fin de journée de juin, le petit poste-frontière d’Hermance retrouve soudain une fonction que beaucoup pensaient appartenir au passé : celle d’une véritable frontière.
Sur le pont qui relie Hermance à Chens-sur-Léman, les barrières se mettent en place sous le regard des douaniers, des policiers et de quelques habitants venus assister à la fermeture. Le trafic ralentit. Les derniers cyclistes traversent encore la rivière, tandis que quelques automobilistes franchissent une ultime fois la frontière avant le verrouillage.
À quelques dizaines de kilomètres de là, les dirigeants du G7 s’apprêtent à se réunir à Évian. Mais ici, dans ce village lémanique habitué aux allers-retours quotidiens entre la Suisse et la France, les conséquences du sommet prennent une forme très concrète.
Des habitants regardent les grillages se dresser avec un mélange de curiosité et de résignation. Pour beaucoup, la frontière fait partie du décor sans vraiment exister. On habite d’un côté, on travaille de l’autre, on pratique son sport en France et l’on scolarise ses enfants en Suisse. Pendant quelques jours, ces habitudes devront être repensées.
Le club de tennis situé à quelques mètres de l’autre côté de la frontière doit reporter une manifestation prévue de longue date. Des agriculteurs voient leurs déplacements compliqués. Les familles frontalières calculent désormais leurs itinéraires en fonction des rares postes de douane qui restent ouverts.
Comme durant la pandémie, la frontière franco-genevoise retrouve un visage inhabituel. Les petits passages locaux ferment les uns après les autres. Les contrôles sont renforcés. Le canton recommande le télétravail afin de limiter les perturbations du trafic, tandis que les transports publics adaptent leurs horaires.
Au fil de la soirée, le calme revient sur les rives de l’Hermance. Derrière les barrières, les maisons françaises restent visibles à quelques mètres seulement. Rien ne semble avoir changé dans le paysage. Pourtant, pour quelques jours, une simple rivière redevient une frontière.
À Hermance, loin des salles de conférences et des déclarations diplomatiques, le G7 se mesure avant tout en kilomètres de détour, en habitudes bouleversées et en barrières dressées entre des voisins qui, d’ordinaire, vivent des deux côtés de la même rive.
Entre Genève et la France, les barrières sont de retour.
Photos Christian BONZON





































