Sous les voûtes de Saint-Pierre, Genève installe sa nouvelle justice
Mercredi matin, la Vieille-Ville de Genève avançait à pas lents sous une lumière douce de printemps. Sur les pavés encore humides, les robes noires des magistrates et magistrats du Pouvoir judiciaire remontaient les ruelles vers la cathédrale Saint-Pierre, lieu chargé d’histoire où la République genevoise aime rappeler ses traditions les plus solennelles.
À l’intérieur, le silence avait quelque chose de particulier. Celui des grands moments officiels, mais aussi celui des familles venues assister discrètement à une étape importante d’une vie professionnelle. Quelques regards tendus, des mains serrées, des échanges murmurés avant le début de la cérémonie. Puis les voix se taisent lorsque débute la prestation de serment des magistrats élus pour la législature 2026-2032.
Sous les hautes voûtes de Saint-Pierre, Genève mettait officiellement en place sa nouvelle justice.
Au premier rang des regards: Olivier Jornot. Réélu procureur général le 29 mars dernier face à Pierre Bayenet, le magistrat PLR entamera dès le 1er juin un nouveau mandat de six ans à la tête du Ministère public genevois. Une réélection obtenue dès le premier tour au terme d’une campagne parfois tendue, révélatrice des débats qui traversent aujourd’hui la justice pénale genevoise.
Mais ce mercredi, le temps n’était plus à l’affrontement politique. Dans la cathédrale, l’atmosphère semblait presque suspendue. Les magistrats levaient la main et prononçaient leur serment avec gravité, conscients de la responsabilité qui les attend dans un canton où les questions de sécurité, de violence, de précarité ou de criminalité économique occupent une place croissante dans le débat public.
Dans les bancs, certains proches photographiaient discrètement l’instant. D’autres observaient simplement, émus. Car derrière l’institution, il y a aussi des parcours humains, des années d’études, des vocations parfois anciennes, et cette volonté d’exercer une fonction souvent exposée, rarement simple.
La cérémonie marque l’entrée en fonction officielle des magistrats titulaires, suppléants et assesseurs élus par la population genevoise. Un rituel républicain ancien qui continue, année après année, à donner à Genève une image singulière: celle d’une justice qui se veut proche des institutions démocratiques du canton.
À la sortie de Saint-Pierre, les conversations reprenaient doucement sur le parvis baigné de soleil. Les robes noires se dispersaient ensuite dans les ruelles de la Vieille-Ville, entre touristes, habitants et terrasses déjà animées.
Quelques minutes plus tôt pourtant, dans le calme de la cathédrale, Genève rappelait encore que la justice reste l’un des piliers les plus sensibles — et les plus humains — de la vie publique.
Dans le silence de Saint-Pierre, la justice genevoise se met en place
photos ©Christian BONZON

