13 février 2026
Le bleu dans la nuit, les visages levés
Le Jet d’Eau s’illumine en bleu, l’écusson de la République rayonne dans la nuit
Le froid tombe doucement sur la rade. Il est un peu plus de dix-huit heures lorsque les quais commencent à se remplir. Des silhouettes emmitouflées, mains dans les poches, écharpes remontées jusqu’aux yeux. On parle bas, on attend. Les téléphones s’allument déjà comme une constellation anticipée.
Puis, presque sans bruit, le Jet d’Eau bascule dans le bleu.
Pas un bleu agressif. Un bleu profond, dense, presque velours. L’eau, projetée à 140 mètres, ne jaillit plus seulement — elle semble flotter, suspendue dans la nuit. Les gouttelettes captent la lumière et retombent en poussière brillante. Chaque particule devient éclat. Chaque souffle de vent redessine la colonne.
Sur les visages, le reflet est immédiat. Les joues se teintent d’azur. Les regards se lèvent d’un même mouvement. On distingue des enfants juchés sur des épaules, des couples serrés l’un contre l’autre, des photographes qui ajustent en urgence leur balance des blancs. Les déclencheurs crépitent, mais le moment reste silencieux, presque recueilli.
Ce soir-là, Genève ne célèbre pas seulement une date. Elle entre dans le cycle des 500 ans du Grand Conseil de la République et canton de Genève (1526–2026).
Le bleu choisi pour l’illumination enveloppe la rade comme une encre lente. Il dialogue avec le noir du lac, avec les façades claires du quai, avec le ciel d’hiver à peine strié de nuages. À distance, le jet devient une ligne pure, graphique, presque abstraite. De près, il redevient matière : turbulence, bruine, vibration.
Sur les supports officiels apparaît l’écusson de la République et canton de Genève — l’aigle et la clé sous la devise Post Tenebras Lux. Deux symboles anciens, projetés dans le présent. Dans la foule, certains le reconnaissent immédiatement. D’autres le redécouvrent. Un père explique à sa fille la signification de la clé. Un étudiant photographie le blason avec, en arrière-plan, la colonne bleue.
L’eau et la lumière composent un tableau mouvant. À chaque rafale, la forme change. À chaque variation d’intensité, la surface du lac devient miroir. Les reflets tracent des éclats électriques le long des quais. Les pas ralentissent. On s’attarde.
Le Jet d’Eau, habituellement blanc et éclatant, devient pour une nuit un signal institutionnel. Un phare civique. Une respiration verticale dans l’obscurité.
Photos Christian BONZON
Quand la lumière s’éteint enfin, il reste quelques secondes d’obscurité presque surprenante. Les conversations reprennent, plus animées. On vérifie ses images, on partage déjà. Mais dans les rétines demeure ce bleu profond — trace lumineuse d’une mémoire qui s’écrit autant dans l’histoire que dans la sensation.
Genève a levé les yeux. Et pour un instant, l’histoire s’est reflétée dans l’eau.
Genève célèbre les 500 ans de son Grand Conseil
Photos Christian BONZON

